Մեր ՊատմությունըL’histoire arménienne en photographies
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Le génocide des Arméniens

En novembre 1914, l’Empire ottoman entra dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne. Le pouvoir était de fait entre les mains des dirigeants du Comité Union et Progrès : Talaat, Enver et Djemal. Après la défaite de l’armée ottomane à Sarıkamış, durant l’hiver 1914–1915, les Arméniens furent accusés de collaborer avec l’ennemi. Les soldats arméniens servant dans l’armée ottomane furent désarmés et envoyés dans des bataillons de travail, où beaucoup d’entre eux furent tués.

Dans la nuit du 24 avril 1915, des intellectuels, des ecclésiastiques, des responsables politiques et d’autres représentants de la communauté arménienne furent arrêtés à Constantinople (Istanbul) — plusieurs centaines de personnes dans un premier temps. La plupart furent déportés à l’intérieur de l’Anatolie et assassinés. Parmi les victimes figuraient les écrivains Krikor Zohrab, Daniel Varoujan, Siamanto et Roupen Sévag. Komitas survécut à la déportation, mais ne se remit jamais du choc subi. Le 24 avril est aujourd’hui le jour de commémoration des victimes du génocide des Arméniens.

Fin mai 1915, le gouvernement ottoman adopta une loi provisoire sur la déportation. Les habitants de presque toutes les communautés arméniennes d’Arménie occidentale, de Cilicie et d’Anatolie furent déportés de force vers les déserts de Syrie et de Mésopotamie. En bien des endroits, les hommes étaient séparés et tués hors des villes, tandis que les femmes, les enfants et les vieillards étaient poussés à pied dans des marches de plusieurs semaines, au cours desquelles des milliers de personnes mouraient de faim, de soif, de maladie et de violences. L’Organisation spéciale joua un rôle majeur dans ces opérations. Une partie des survivants atteignit Alep et Deir ez-Zor, où, en 1916, des dizaines de milliers de personnes retenues dans des camps furent à leur tour tuées. Des femmes et des enfants furent convertis de force ou emmenés dans des familles musulmanes. Certains fonctionnaires ottomans et des gens ordinaires refusèrent d’y participer ou aidèrent des Arméniens à survivre.

En certains lieux, les Arméniens recoururent à l’autodéfense. En avril–mai 1915, les Arméniens de Van se défendirent dans la ville pendant environ 4 semaines, jusqu’à l’approche de l’armée russe et des volontaires arméniens. Les habitants de 6 villages du Moussa Ler (Musa Dağı) refusèrent la déportation et, à l’été 1915, résistèrent sur la montagne pendant plus d’un mois, jusqu’à ce qu’en septembre des navires de guerre français les transportent — environ 4 000 personnes — à Port-Saïd. Il y eut aussi des tentatives d’autodéfense à Karahisar, à Édesse (Urfa) et ailleurs, mais la plupart furent écrasées.

Le nombre exact des victimes n’est pas connu. La plupart des historiens estiment qu’environ 1 million d’Arméniens ou davantage périrent entre 1915 et 1923, tandis que le chiffre traditionnel arménien est de 1,5 million. Durant la même période, les Assyriens et les Grecs de l’empire subirent eux aussi de lourdes pertes. La vie arménienne en Arménie occidentale et en Cilicie, vieille de plusieurs millénaires, fut interrompue, et des milliers d’églises, de monastères et d’écoles furent détruits ou abandonnés. En mai 1915, les puissances de l’Entente condamnèrent dans une déclaration commune ces actes comme des « crimes contre l’humanité et la civilisation » et avertirent que leurs responsables en répondraient.

Des milliers d’enfants devinrent orphelins. L’organisation américaine Near East Relief, créée en 1915 comme comité d’aide aux Arméniens et aux Syriens, réunit des fonds considérables et prit en charge des dizaines de milliers d’orphelins en Syrie, au Liban, en Grèce et en Arménie. À Alexandropol (Gyumri), des milliers d’enfants vivaient dans ses orphelinats, et la ville reçut le surnom de « ville des orphelins ». La Danoise Karen Jeppe, Fridtjof Nansen et bien d’autres se distinguèrent aussi dans l’aide humanitaire, tandis que l’ambassadeur américain Henry Morgenthau et d’autres témoins rendirent public ce qu’ils avaient vu. En 1919–1920, des cours martiales ottomanes à Constantinople jugèrent plusieurs responsables et condamnèrent certains d’entre eux à mort, dont Talaat par contumace, mais ces procès furent bientôt interrompus.

Le terme « génocide » fut forgé en 1944 par le juriste Raphael Lemkin, dont la réflexion avait aussi été marquée par le sort des Arméniens. Les événements de 1915–1923 ont été reconnus comme génocide par de nombreux États et organisations internationales, dont l’Uruguay (1965), le Parlement européen (1987), la France (2001), l’Allemagne (2016) et les États-Unis (2019–2021). Cette qualification est également partagée par l’Association internationale des spécialistes des génocides et par la plupart des historiens, bien que la position officielle de la Turquie la rejette. Les survivants et leurs descendants devinrent le fondement de la diaspora arménienne actuelle, et le mémorial de Tsitsernakaberd, à Erevan, est devenu un lieu de mémoire et de recueillement.

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